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Extrait de "10+1 questions à Claude Allègre sur l’Ecole"
lundi, 23 avril 2007

Claude Allègre est professeur émérite de physique du globe et membre de l’Académie des sciences. Il fut ministre socialiste de l’éducation nationale dans le gouvernement Jospin. Ségolène Royal était, à ses côtés, ministre délégué aux affaires scolaires.

C’est moi qui en 1997, ai demandé que Ségolène Royal soit à mes côtés rue de Grenelle… pourquoi l’ai-je choisie plutôt qu’une autre personnalité socialiste ? Tout simplement parce que c’était une femme (Jospin souhaitait aller vers la parité) et j’avais trouvé qu’elle s’était bien débrouillée au ministère de l’environnement… il y avait bien-sûr des choses qui me déplaisaient dans le personnage. Je pense à la manière dont elle avait offert aux caméras de TF1 et aux flashes des photographes de Paris-Match l’intimité de son accouchement. Mais je me disais qu’elle était énarque. Donc elle devait savoir gérer. De plus, elle était la compagne de François Hollande, avec qui j’entretenais une réelle amitié. C’est par lui que je l’avais connue… mais je dois dire que je la connaissais fort mal. A l’époque, elle ne disait pas un mot… c’est François qui parlait avec sa faconde et son humour habituels. Elle gardait le silence et se contentait de le regarder avec admiration…

Au début de notre collaboration, je l’ai laissée faire à sa guise… Très vite, malheureusement, il est apparu que Ségolène ne gérait pas du tout son département ministériel. Et j’ai été convoqué par le Premier ministre et le ministre des finances qui était alors DSK. Tous deux m’ont sommé de reprendre les choses en mains, en m’expliquant que cela ne pouvait plus durer. Jospin m’a dit : « Il n’y a qu’un seul ministre de l’éducation nationale responsable ! »

Entre elle et moi, les relations n’étaient pas particulièrement tendues, mais avec mon cabinet, voire même parfois avec le sien, elles étaient exécrables. Alain Etchegoyen a démissionné parce qu’il ne pouvait plus la supporter. Il a raconté son expérience dans un livre récent. Plusieurs membres de son équipe ont déclaré forfait parce que les réunions de cabinet se réduisaient à la préparation des déplacements de la ministre déléguée et aux coups de communication dont ils pouvaient être l’occasion. Son propre directeur de cabinet, Christophe Chantepy, n’a pas voulu la suivre quand elle est devenue secrétaire d’Etat à la famille, même si depuis, il a rejoint son panache blanc.

Bon nombres de ministres ne la supportaient pas… Un jour, Bernard Kouchner et Martine Aubry viennent nous voir au ministère pour nous demander de distribuer dans les écoles la pilule du lendemain. Ségolène Royal refuse tout net… On se quitte donc sur un désaccord. Le lendemain…, je n’avais pas encore lu la presse. Ségolène Royal y annonçait avoir pris la décision courageuse de distribuer la pilule à l’école. Il ne lui avait fallu que 24 heures pour reprendre à son compte une mesure à laquelle elle était par principe hostile, mais dont elle avait perçu qu’elle pouvait flatter sa popularité.

Je dois dire que je n’ai pas mesuré à l’époque l’hypertrophie formidable de l’ego de cette femme !

Quant à l’éducation nationale, elle s’est concentrée sur des sujets de société qui pouvaient contribuer à nourrir son image d’une ministre proche des gens… pour le reste, nous n’avons pas eu d’opposition majeure. Dans la vie de tous les jours, elle m’a créé des difficultés par les différends qu’elle avait avec des recteurs, des inspecteurs généraux ou tout simplement ceux qui participaient à son cabinet.
Je constatais qu’elle était hautaine et distante avec ses collaborateurs et le personnel, surtout celui du bas. Son sourire n’apparaissait que par utilité. Son humour était nul.

Le dimanche de mon départ, elle m’a téléphoné, furieuse, car elle n’avait pas d’affectation. Quelques instants après, c’est Hollande qui m’a téléphoné en me demandant d’intervenir auprès de Jospin pour « sauver Ségolène ». Je lui répondis vertement. Sans se démonter, il me dit : « Je vais donc le faire. »

Elle est de ces individus dont l’ambition est le moteur principal dans la vie !... son ambition est trépidante, dévorante…

Selon moi, Ségolène Royal est quelqu’un qui n’a pas de pensée politique construite et qui ne travaille ni ne réfléchit beaucoup sur le fond des problèmes…

Elle n’a pas de structuration politique et ne se soucie nullement d’en avoir.

Elle a une intuition politique certaine et un sens de la communication qu’elle cultive depuis 20 ans. N’a-t-elle pas réussi à faire croire qu’elle est une femme politique nouvelle alors que c’est une politicienne de profession depuis 20 ans, qu’elle n’a exercé aucun autre métier !

Je suis membre du PS, mais je sais que les désignations ont été biaisées par les adhésions à 20 euros et la connivence trouble royal-Hollande.

On ne s’étonnera pas qu’après l’avoir fréquentée de près, le sentiment qui domine chez moi soit l’inquiétude.